A en juger par l'éclat des innombrables églises baroques qui illuminent notre parcours dans le Minas Gerais, Etat prospère de l'arrière-pays brésilien, l'Eglise catholique conserve une place importante dans la vie des mineiros. Dans l'un des Etats les plus pieux du plus grand pays catholique du monde, c'est la question du poids de l'Eglise dans la vie politique qui a interpellé la presse locale cette semaine.
Le quotidien Estado de Minas a fait état de l'intention de l'archevêque de Belo Horizonte, capitale du Minas Gerais, de "créer un groupe d'action sociale pour discuter des enjeux nationaux et des pratiques politiques irrégulières. L'objectif est de former des fidèles à exercer des responsabilités au sein de l'Etat." En réaction à cette initiative et dans le prolongement du message de Benoît XVI dans son encyclique de décembre 2005, le débat sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat s'est rappelé à notre bon souvenir, le temps de quelques interviews.
Pour le père Simões, prêtre emblématique d'Ouro Preto (Or noir), ville fondée à la fin du XVIIe siècle et longtemps la plus importante d'Amérique, à une époque où Rio ou même New York n'étaient que des villages, "beaucoup de personnes baptisées se disent chrétiennes, assistent aux fêtes religieuses, aux mariages et aux enterrements mais se font beaucoup plus discrètes dès que l'on parle de justice sociale pour les pauvres et les abandonnés. Et c'est le même problème pour le droit du travail, la santé, l'éducation ou la culture." D'où l'intérêt de faire prendre conscience aux fidèles de la nécessité de s'engager en politique.
De fait, l'Eglise et la politique n'ont pas toujours fait bon ménage au Brésil, comme nous l'explique Angelo Santos, maire d'Ouro Preto : "Après le coup d'Etat de 1964, l'Eglise s'est retrouvée piégée dans une dictature et s'est éloignée du régime militaire. Elle a d'ailleurs nettement contribué à la résistance démocratique. Entre parenthèses, c'est cette Eglise militante de gauche qui a paradoxalement perdu du terrain au profit des évangéliques, lesquels ne promettaient rien d'autre que les anciens préceptes de l'Eglise catholique proche de la droite et de l'appareil d'Etat." Selon M. Santos, l'Eglise veut aujourd'hui réoccuper l'espace politique en imposant des chefs de file catholiques "pour contrer les sectes évangéliques".
Ce déclin du nombre de fidèles catholiques, le père Rogério, prêtre mais aussi maire d'Ouro Branco (non loin d'Ouro Preto), ne s'en inquiète pas. Et pour cause : selon lui, "le phénomène est plutôt positif. Nous assistons maintenant à une redéfinition plus claire du nombre de vrais fidèles. L'atout des évangéliques, c'est précisément que leurs fidèles ont choisi librement leur religion. Et c'est parce que leurs pasteurs s'intéressent aux enjeux de société et à la politique que l'Eglise va devoir repenser son rapport avec la société et l'Etat." Une façon, pour cet homme d'Eglise, d'expliquer son engagement politique en regrettant la passivité de ses semblables.
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