Dans les livres de Fernando Bonassi, vous courez le risque de découvrir un autre Brésil, bien plus sombre et bien plus violent que tous les horribles faits divers que vous avez pu lire, voir ou entendre. Avec comme point de mire sa ville natale, São Paulo.
Auteur prolifique de 43 ans, Fernando Bonassi n'est pas encore traduit en français. Il a à son actif 19 romans, 15 pièces de théâtre, des dizaines de scénarios (qui ont donné naissance à certains films primés à Cannes et à Biarritz). Et il n'a pas sa langue dans sa poche.

Il démarre au quart de tour. "En France, vous connaissez Gilberto Gil, n'est-ce pas ? Vous l'aimez bien, je suppose, notre ministre de la Culture ? Eh bien, laissez-moi vous dire qu'il se comporte de manière scandaleuse, pour ne pas dire vulgaire. Il profite de son statut pour faire une tournée mondiale." Le ton est donné.

Pour parler de l'œuvre de Fernando Bonassi, un seul mot possible : pessimisme. Sa vision du Brésil est bien loin des clichés. "Mon dernier roman, Suburbio (Banlieue), est très noir, c'est vrai, avoue-t-il. Mais je vis à São Paulo et ce que je raconte n'est que la réalité." Il se dégage de ce texte une violence sociale, politique et criminelle d'une telle intensité qu'on a du mal à imaginer cet homme calme, au discours clair et posé, survivre dans une ville comme São Paulo. Mais derrière ses lunettes aux grosses montures noires se cache une réflexion sur son pays des plus pertinente.

Pour Bonassi, les événements du 15 juin dernier dans sa ville natale - des policiers, en réaction à des assassinats dans leurs rangs, ont ce jour-là tué 150 supposés délinquants, faisant de São Paulo une ville assiégée - ne sont que le début de la fin. "Le futur est bien sombre. Nous vivons une sorte d'haïtisation ou d'irakisation qui va devenir rapidement incontrôlable, estime-t-il. Il existe aujourd'hui dans mon pays une absence totale des valeurs démocratiques."

Il avoue aussi, le sourire aux lèvres, que ce qu'il préfère en Europe, "c'est pouvoir se balader tranquillement dans les rues à 2 heures du matin sans aucun problème, sans risquer de se faire tuer. C'est le paradis !"
Cet admirateur inconditionnel de Marguerite Duras – Hiroshima mon amour est son film préféré – n'est pas tendre avec ses compatriotes, encore moins avec son président, admiré à l'extérieur, critiqué à l'intérieur. "Lula est un héros à l'étranger, mais, pour nous, c'est juste un libéral. C'est notre Gorbatchev. J'ai voté pour lui, je revoterai pour lui, mais il n'est plus ce sauveur que nous attendions, il s'est transformé en homme ordinaire."
Virulent quand il parle du Brésil, Fernando Bonassi est beaucoup moins prolixe, il est même timide, lorsqu'il s'agit d'évoquer sa vie personnelle. "J'ai commencé à écrire parce que j'étais amoureux d'une fille. Elle ne l'a jamais su, je ne lui ai jamais envoyé toutes les lettres que je lui avais écrites. J'ai découvert à ce moment-là que l'écriture permettait de dévoiler ses sentiments, de les organiser." Pour lui, l'imagination est plus intéressante que la réalité, surtout quand il est question d'amour.

Il travaille aujourd'hui sur un nouveau roman, intitulé Le jour où le Brésil a disparu, journal de bord d'un homme au chômage, qui démarre le 15 juin dernier à São Paulo, quand des dizaines de flics se sont fait justice eux-mêmes. Une histoire encore très noire. "Je ne sais faire que ça."
 
Marc Fernandez - Article paru dans Courrier international - septembre 2006
 
En savoir plus sur Fernando Bonassi : http://www.revista.agulha.nom.br/fbonassi.html
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