Grâce à un réservoir d’eau, des canards et beaucoup d’imagination, une ONG a réussi à sortir quelques dizaines de familles de la misère. Explications.

A 56 ans, José Cardoso da Silva est un agriculteur heureux. Lui et son épouse, Silva, vivent dans l’Etat du Paraíba, dans le nord-est du Brésil. Sa grande fierté est de montrer au visiteur ses carrés de salade, de coriandre, de chou, de quiabo, sans parler des dizaines de pieds d’aipim, de maïs, de banane, de haricots noirs et de canne à sucre plantés sur les dix hectares de sa propriété. Il rayonne littéralement de bonheur en désignant un énorme réservoir rempli d’eau édifié dans le potager, où il élève canards et poissons. Cette scène idyllique se déroule dans la commune de Cruz do Espírito Santo, à 40 kilomètres de la capitale, João Pessoa. C’est là que vit le couple ainsi qu’une autre agricultrice, Maria Odete da Silva, 55 ans, et ses deux enfants. “Le potager nous fournit toute la nourriture dont nous avons besoin. Ma femme se rend en ville toutes les semaines pour vendre ses légumes et ses fruits. Nous gagnons jusqu’à 350 reais [125 euros] par semaine”, raconte M. da Silva.
Cette production, ils la doivent à un programme mis en place voilà un an par l’Agência Mandalla de desenvolvimento [l’Agence Mandala de développement], une ONG implantée à João Pessoa. Cette association a eu l’idée d’un système d’irrigation peu coûteux afin de développer les cultures vivrières. Un système efficace et surtout très simple à installer, qui permet aux familles de bénéficier d’un revenu mensuel pouvant aller jusqu’à 1 700 reais [600 euros] par mois grâce aux surplus agricoles. Pourquoi l’association a-t-elle choisi de s’appeler Mandala ? “Les mandalas sont des dessins symboliques de forme circulaire qui, selon certaines traditions bouddhistes, canalisent l’énergie”, répond Willy Pessoa, chef d’entreprise et concepteur du projet. “Mais, ici, nos mandalas offrent la garantie d’un revenu, ils apportent la confiance. Notre objectif est de soutenir et d’orienter les familles en leur permettant d’être autonomes et de rester à la campagne.”
En fait, le “mandala” dont parle Willy Pessoa est un réservoir d’eau d’une capacité maximale de 30 000 litres. On cultive autour des aliments de base comme les haricots noirs, le riz, le manioc, la pomme de terre, des légumes et des fruits. A l’aide d’une pompe et de canalisations, le réservoir fournit l’eau qui permet d’irriguer les plantations. Le réservoir sert également à l’élevage de poissons et de canards. Une ressource supplémentaire, mais aussi une bénédiction pour les cultures. Car, par leurs déjections, riches en minéraux, spécialement le phosphore, ces animaux transforment l’eau en un engrais organique idéal. “Cette technique peut être appliquée sur n’importe quel type de terre. J’ai toujours pensé que la solution à la famine résidait dans l’agriculture. Mais il ne suffit pas de donner la terre. Encore faut-il enseigner à l’utiliser”, soutient Pessoa.

Article paru dans Courrier international, hebdo n°766 du 7 juillet 2005.

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