"Tout est bon dans le palmier babaçu.” En Amazonie, des femmes s’organisent pour sauvegarder leur autonomie.
En quête d’une meilleure qualité de vie et de travail, 400 casseuses de noix de babaçu des quatre Etats du Maranhão et du Piauí [dans le Nord-Est], du Tocantins et du Pará (dans le Nord) se sont organisées en syndicats et associations. Simples travailleuses rurales, sans formation et ignorantes de leurs droits, elles représentent aujourd’hui une entité à part entière et luttent pour obtenir une place dans la société.
“Depuis que je suis entrée dans l’association, j’ai réalisé que je suis une femme capable de lutter pour mes droits de mère, de maîtresse de maison et de travailleuse rurale. J’ai enfin compris que mon jardin est la source de mes revenus et que les fazendeiros, qui dévastent des hectares de palmiers babaçu pour en faire des pâturages, anéantissent nos richesses et sont dans leur tort”, témoigne Maria Brito de Araujo, 63 ans, habitante d’Esperantinópolis (Maranhão), qui fait vivre grâce à son travail ses trois petits-enfants. “Le babaçu, c’est comme une vache. Tout est bon”, dit-elle, forte de l’expérience de quelqu’un qui a commencé à travailler à 9 ans pour aider sa mère.
Le Mouvement des casseuses de noix de babaçu (MIQCB), créé en 1995, ne regroupe qu’une partie minoritaire des travailleuses rurales de ces quatre Etats. Mais il a permis d’améliorer les conditions de vie de nombreuses familles qui vivent aujourd’hui de cette activité et qui ont construit une véritable identité locale. L’histoire des casseuses de noix de babaçu est d’ailleurs étroitement liée aux conflits relatifs aux terres des régions du Nord et du Nordeste depuis 1970. Les projets de développement du gouvernement fédéral, notamment l’ouverture de la Transamazonienne, ont entraîné d’énormes destructions dans cette région couverte de palmiers babaçu sur près de 18 millions d’hectares.
Aujourd’hui, l’organisation rassemble des populations d’origines très diverses : on y trouve des militantes du Mouvement des sans-terre (MST), mais aussi des Amérindiennes ou des habitantes des quilombos, ces communautés rurales composées de descendants d’esclaves. Dans la seule région du Médio Mearim, dans l’Etat du Maranhão, plus de 800 familles travaillent à la fabrication de l’huile et du savon de babaçu, pour l’exportation vers l’Europe et les Etats-Unis.

Un arbre miraculeux qui pourrait même produire du carburant

Dans le palmier babaçu, il n’est rien qui ne soit utilisé. De sa noix, on extrait de façon artisanale de l’huile pour l’alimentation et pour l’industrie des cosmétiques ; du mésocarpe, une farine très nutritive ; de l’écorce, du charbon et de la paille ; quant aux fibres, elles sont essentiellement utilisées pour le toit des maisons. En moyenne, une travailleuse décortique en une journée de six heures environ 10 kilos de noix. Le reste de la journée, elles s’occupent de leur jardin, de la maison et des enfants. Le kilo de noix se vend en moyenne 26 centimes d’euro, la farine du mésocarpe, 1,3 euro, le savon en poudre, 2 euros.
Selon Alfredo Wagner Berno de Almeida, anthropologue et consultant du MIQCB, ces femmes jouissent d’une grande autonomie. “Elles choisissent elles-mêmes leurs horaires de travail, en fonction de leurs autres activités, et elles réussissent à tirer du babaçu les produits de base nécessaires à leur survie”, explique-t-il.
Maria Romana do Nascimento, 71 ans, retraitée, habitante de la commune de Palestina (Pará), témoigne. “J’ai commencé à casser les noix seulement après mon mariage. Je devais aider mon mari à faire vivre la maison. Quand il m’a quittée, j’ai dû élever mes deux enfants seule. Aujourd’hui, je ne travaille plus tous les jours. Trois séances par semaine suffisent à ma consommation d’huile pour cuisiner et de savon pour laver le linge. Je n’ai pas besoin de dépenser de l’argent pour ça.”
Des expériences sont aussi en cours pour utiliser l’huile de babaçu comme carburant pour les automobiles, ce qui apporterait des revenus supplémentaires. Malheureusement, ajoute l’anthropologue, ces initiatives fondées sur l’exploitation des ressources naturelles ne sont guère soutenues par l’Etat brésilien.

Flávia Moura
O Estado de São Paulo

Article paru dans Courrier international, n°766, juillet 2005.

Chiffres :
Selon les chiffres de l’Association des travailleurs des zones d’Assentamento de l’Etat du Maranhão (ASSEMA), la vente des dérivés du palmier babaçu a augmenté au cours de ces cinq dernières années de 100 % sur le marché intérieur et de 20 % sur le marché extérieur. En 2003, les coopératives liées à l’ASSEMA produisaient 180 tonnes d’huile, dont 58 tonnes acheminées vers l’étranger. La même année, près de 10 000 savons ont été exportés vers l’Europe et les Etats-Unis.
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