Des dirigeants de la communauté indienne du Brésil se sont dits offensés par des propos "arrogants et irrespectueux" tenus dimanche par Benoît XVI, qui a estimé que les populations indigènes d'Amérique latine avaient été purifiées par l'arrivée du christianisme sur leur continent.

Lors d'un discours prononcé en ouverture de la Ve Conférence générale de l'épiscopat latino-américain et des Caraïbes, à Aparecida, au Brésil, le souverain pontife a jugé que l'Eglise n'avait pas imposé sa foi aux peuples indigènes des Amériques.

Il a estimé que ces derniers avaient bien accueilli l'arrivée des prêtres européens car ils espéraient jusqu'alors "silencieusement" la foi chrétienne.

Des millions d'indiens ont péri lors de la colonisation européenne soutenue par l'Eglise, à partir du moment où Christophe Colomb a posé le pied sur le continent en 1492. Certains ont été massacrés, d'autres ont été contaminés par des maladies ou réduits à l'esclavage.

Aujourd'hui, de nombreux descendants des populations indiennes luttent pour leur survie, exclus qu'ils sont de la société et privés de leurs modes de vie traditionnels.

"Il est arrogant et irrespectueux de considérer que notre héritage culturel serait inférieur au leur", a dit Jacinto Satere Mawe, coordinateur de l'association d'indiens d'Amazonie Coiab.

JEAN PAUL II AVAIT RECONNU DES ERREURS

Plusieurs organisations indiennes ont adressé la semaine dernière une lettre au pape en lui demandant son appui dans la défense de leurs terres et culture traditionnelle. Elles affirment que les indiens ont été les victimes d'un "processus génocidaire" à partir de l'arrivée des premiers colons européens.

Les prêtres bénissaient les conquistadors dans leurs guerres contre les peuples indigènes. Par la suite, certains hommes d'Eglise ont pris fait et cause pour les indiens, au point de devenir dans certains cas leurs meilleurs alliés.

"L'Etat a utilisé l'Eglise pour faire son sale boulot dans la colonisation des indiens. Elle a déjà demandé pardon pour cela. Le pape est-il en train de revenir sur les paroles de l'Eglise?", a interrogé Dionito Jose de Souza, chef de la tribu Makuxi, dans l'Etat de Roraima, dans le Nord.

En 1992, Jean Paul II avait officiellement parlé d'erreurs commises dans le processus d'évangélisation des peuples indigènes des Amériques.

Son successeur a non seulement choqué les populations indiennes par ses propos de dimanche, mais il a également stupéfié de nombreux prêtres officiant au côté de ces populations, a jugé Sandro Tuxa, qui dirige un mouvement de tribus du nord-est du pays.

"Nous condamnons les propos du pape", a dit Tuxa. "Dire que la décimation culturelle de notre peuple constitue un acte de purification est choquant et, franchement, effrayant."

"Je crois que le pape a été mal avisé."

Le propre groupe de soutien aux populations indigènes issu de l'Eglise, connu sous le nom de Cimi, a aussi pris ses distances vis-à-vis des propos du pape.

"Le pape n'a pas compris la réalité de la situation des indiens ici. Ses propos sont erronés et indéfendables", a dit à Reuters le père Paulo Suess, un responsable du Cimi. "Moi-même, je suis contrarié."

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