Depuis l’abolition de l’esclavage, en 1888, São Paulo croît sans cesse. “Comme une foule qui marche”…
L ’avion entame sa descente vers la périphérie de la métropole, et ceux qui ne l’ont pas visitée seront peut-être gagnés par une sensation de peur. Là, en bas, dans la conurbation connue sous le nom de Grand São Paulo, 20 millions d’âmes pullulent, des gens qui négocient, mangent ou s’entre-tuent au milieu de centaines de gratte-ciel. La ville proprement dite compte 11 millions d’habitants. C’est la deuxième zone urbaine d’Amérique latine, après Mexico. São Paulo est la locomotive du Brésil. Mais ce n’est pas une ville à destination touristique.
D’ailleurs, les entreprises d’autocars pour touristes ont fait faillite à cause des embouteillages. Il y a 5 millions de voitures et 150 kilomètres de rues embouteillées quotidiennement. Avec plus de 250.000 motos, la mort de trois motards par jour est garantie. Après Tokyo, São Paulo est la ville qui concentre la plus grande flotte d’hélicoptères privés (environ 500) et le plus grand nombre d’héliports (plus de 100), devant New York. Le traitement de ses 15.000 tonnes d’ordures laisse beaucoup à désirer. Presque tous ses visiteurs sont là pour des raisons professionnelles. Mais, lorsqu’on y reste plus d’une semaine, on découvre peu à peu pourquoi ses habitants ne regardent pas avec envie vers Rio de Janeiro ou Salvador de Bahia.
La locomotive fonctionne parfois avec la précision d’une horloge. Les gens sont d’une extrême amabilité. Les Paulistes eux-mêmes plaisantent de l’insécurité et disent que les voleurs s’excusent avant de pointer sur vous leur pistolet. Il existe des coins tranquilles dans la ville, des quartiers comme celui de Villa Magdalena, qui est comme un village de grandes bâtisses blanches au milieu de la métropole. Dans certaines zones de restaurants, il est facile de se retrouver par hasard entre amis de toujours.
Après 1888, année de l’abolition de l’esclavage, des immigrés ont commencé à affluer du monde entier pour remplacer les esclaves. Et la locomotive ne s’est jamais arrêtée depuis. São Paulo est la ville qui a pris la tête des luttes ouvrières du Brésil. C’est dans ses rues qu’un ancien cireur de chaussures, du nom de Lula da Silva, a conduit en 1980 une grève de 140.000 travailleurs de la métallurgie, mouvement qui allait donner naissance au Parti des travailleurs (PT), aujourd’hui au gouvernement.
Chaussures, cosmétiques, appareils électroniques, mode, automobile, publicité, universités, musique classique, expositions de peinture, haute technologie… São Paulo est présent sur tous les fronts. Avec 3 millions de descendants de Portugais et autant d’Italiens, 1 million d’Allemands, 1,5 million d’Africains, 1 million de Japonais, 850.000 Libanais, quelque 80.000 Juifs et 28.000 Espagnols, les Paulistes se vantent d’avoir la meilleure cuisine du monde. A São Paulo, on trouve aussi beaucoup de Russes, de Polonais, d’Argentins, de Boliviens, de Chiliens, d’Uruguayens, ainsi que des gens venus des quatre coins du Brésil. Une vieille plaisanterie dit qu’au Brésil, les habitants de São Paulo travaillent pour que ceux de Rio de Janeiro s’amusent. Mais les Paulistes assurent qu’eux aussi s’amusent. “São Paulo est comme une foule qui marche”, observe le commerçant Everson Marco, 32 ans. “Si on marche, on avance avec la ville ; sinon, on reste en dehors. Et moi, je ne veux pas. C’est pour ça que je travaille de 5 heures du matin à 8 heures du soir.”
 
Francisco Peregil

paru dans Courrier international, hebdo n°964, 24 mai 2007

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