Coupé du monde depuis 1950, un groupe d’Indiens victime des intrusions des chercheurs d’or vient de sortir de son isolement. Les autorités observent à distance ces retrouvailles inédites.

Un groupe de 87 Indiens appartenant à l’ethnie kayapo et dont on n’avait plus de nouvelles depuis cinquante-sept ans s’est signalé fin mai à des Indiens du même groupe ethnique vivant en contact avec les Blancs au nord de l’Etat du Mato Grosso. Abandonnant les terres où ils habitaient, au sud du Pará, cette tribu isolée semble avoir migré en quête d’une protection. La Fondation nationale des Indiens (FUNAI) pense qu’ils ont été victimes de garimpeiros ou de madeireiros [chercheurs d’or, de diamants ou de bois précieux] qui ont envahi leur région et assassiné certains d’entre eux. Les premiers contacts ont eu lieu le 24 mai dernier. Selon le président de la FUNAI, Márcio Augusto de Meira, ces Indiens, de la famille des Metuktires (l’un des sous-groupes des Kayapos), sont parents de la tribu du cacique Raoni [le chef des Kayapos, connu pour avoir lancé en 1989 un appel avec le chanteur Sting], qui cohabite depuis 1950 avec les Blancs au nord du Mato Grosso. A l’époque, un certain nombre d’entre eux avaient refusé le rapprochement et fui vers des zones plus septentrionales.

Depuis, ils vivaient isolés au sud du Pará, sur des terres indiennes déjà homologuées par la FUNAI, baptisées Menkragnoti. “Les Kayapos de l’ancien groupe les avaient considérés comme disparus, ils pensaient qu’ils avaient été victimes d’une épidémie”, explique Márcio Augusto de Meira. La FUNAI, bien qu’informée de leur existence, n’était jamais entrée en contact avec eux. Les Kayapos de la tribu de Raoni, appelée Capoto-Jarina, ont d’abord informé la FUNAI que des Indiens inconnus s’étaient approchés de leur territoire et avaient émis des sons et des signaux. Mais il n’y a eu aucun contact visuel jusqu’au 24 mai, date à laquelle deux Indiens sont apparus dans une forêt proche du village de Capoto-Jarina. Il s’agissait de Metuktires qu’ils pensaient disparus. “Ils nous ont raconté que les deux individus étaient effrayés et leur avaient demandé de l’aide dans leur dialecte commun”, rapporte le président de la FUNAI.

Le reste du groupe est arrivé entre le vendredi et le dimanche suivant. Ils avaient attendu à un kilomètre environ du village. Selon les informations rapportées par les Indiens, les nouveaux arrivants avaient peur, mais étaient également très émus de rencontrer à nouveau des parents proches. “Depuis la fin de la semaine, ils chantent et dansent”, raconte Márcio Augusto de Meira. Les contacts n’ont lieu que par l’intermédiaire de certains caciques de Capoto-Jarina. Leur principal interlocuteur est le cacique Megaron Txucarramãe [leader des Kayapos et successeur du grand chef Raoni], qui vit dans le village. Il est également l’administrateur régional de la FUNAI, dans la ville de Colíder, la plus proche de la zone. L’endroit a été isolé pour éviter que les Metuktires ne soient victimes de maladies comme la grippe.

D’après les récits, le groupe, composé d’hommes, de femmes et d’enfants, a parcouru pendant cinq jours près de 100 kilomètres jusqu’à atteindre les terres de la tribu Capoto-Jarina. Il comptait 86 personnes, mais une Indienne enceinte a accouché le jeudi, à l’arrivée au campement. “Nous ne savons pas si nous devons attendre d’autres Indiens ou si une partie d’entre eux est restée dans l’ancien village”, explique Elias Bigio, de la Coordination de groupes d’Indiens isolés de la FUNAI. “Il s’agit d’un événement tout à fait inhabituel.” Afin de faciliter le rapprochement et comme preuve d’hospitalité, Megaron Txucarramãe a demandé à la FUNAI de leur envoyer des verroteries colorées, des couteaux et des haches pour les offrir aux Kayapos, très attachés à ces objets.

Ces Indiens qui vivaient complètement isolés, sans relation aucune avec d’autres tribus, ressemblent aux Indiens du village de Capoto-Jarina. Ils sont grands, ont les cheveux longs jusqu’à la ceinture, et certains d’entre eux portent un botoque – ornement en forme de disque en bois introduit dans la lèvre inférieure. Ils ont les mêmes chants que la tribu de Raoni, se peignent le corps de rouge et vivent de chasse et de pêche. La FUNAI veut maintenant veiller à ce que ces Indiens ne souffrent pas de la présence de l’homme blanc, qui peut lui transmettre des maladies. Elle a donc décidé l’isolement de toute la zone – y compris du village qui vit déjà en communauté – pour éviter toute contagion. “Ce sont les Indiens eux-mêmes qui nous informeront du moment où ils auront besoin d’une assistance quelconque et des moyens de la fournir”, explique le président de la FUNAI. Car, même si les Metuktires ne sont pas entrés en contact directement avec les Blancs, les Indiens du village de Capoto-Jarina peuvent être considérés comme un risque en raison des coutumes et même des maladies qu’ils ont héritées de leur rapprochement des zones urbaines.

Un indigéniste de la FUNAI est arrivé récemment à Colíder pour se rendre à Capoto-Jarina et suivre le rapprochement des Indiens. Il devra toutefois attendre l’autorisation des Indiens pour gagner cet endroit. Il sera le premier homme blanc à rencontrer le groupe.

Ricardo Brandt

O Estado de São Paulo

paru dans Courrier international hebdo n°867 du 14 juin 2007

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