Le plan d'urgence annoncé par le gouvernement brésilien après la catastrophe aérienne de Sao Paulo risque d'accentuer dans un premier temps le chaos existant dans le transport aérien et de renchérir à terme le prix des billets, selon les experts.

Mesures
Ce plan vise à désengorger l'aéroport national de Congonhas à Sao Paulo, au terme de dix mois de crise du transport aérien, ponctués de retards, d'annulations de vols, de pannes et de scènes de pagaille. Théâtre le 17 juillet de l'accident d'un Airbus de la compagnie TAM ayant fait quelque 200 morts, Congonhas, situé au coeur de l'agglomération de Sao Paulo, connaît un développement exponentiel.

Il accueille 18,5 millions de passagers par an alors que sa capacité théorique est de 12,5 millions, car il sert de plaque-tournante au trafic aérien de tout le Brésil. "Personne ne voulait voir que quelque chose n'allait pas", a déclaré Apostole Lack Chryssafidis, président de l'ABETAR, l'association des entreprises de transport aérien régional, qui approuve les mesures. D'ici deux mois, Congonhas sera réservé aux liaisons directes et ne pourra plus être utilisé comme escale ou connexion entre vols, ni accueillir de vols charter ou affrétés.

Impact
Le nombre de passagers transitant dans cet aéroport devrait baisser de 20 à 30%, selon M. Chryssafidis. Actuellement, un vol reliant Porto Alegre (sud) à Belem (nord) fait escale à Sao Paulo (sud est) pour prendre des passagers. Les compagnies rentabilisent ainsi les appareils, ce qui leur permet de diminuer leurs coûts et d'offrir des billets meilleur marché. D'autres villes devront désormais prendre le relais.

"La réorganisation du réseau aérien va provoquer des perturbations", a toutefois indiqué Fernando Martini Catalano, professeur à l'Ecole d'ingénieurs de l'Université de Sao Paulo. "L'une des conséquences immédiates, c'est que le prix du billet va augmenter", estime-t-il. "Le nombre de passagers va diminuer" car "une partie de la population a commencé à voyager en avion grâce aux bas prix", note l'analyste Rogerio Camilo, du consultant Lafis.

Compliqué
Pour les analystes, le transport aérien brésilien pâtit de son succès. Il s'est démocratisé ces dernières années avec l'implantation du modèle "bas coûts bas tarifs" en 2001 par la compagnie Gol, aujourd'hui numéro deux derrière TAM. "Les infrastructures n'ont pas suivi", selon M. Catalano. "Le transport aérien connaît un déficit d'investissement depuis longtemps", déplore Rogerio Camilo. Sceptique, il juge les solutions du gouvernement "compliquées et peu efficaces", car "c'est à Sao Paulo qu'est concentrée la demande brésilienne".

"La crise va empirer" selon lui car "les infrastructures ne sont pas préparées à cette réorganisation". Il n'existe pas de liaison rapide avec l'aéroport international de Guarulhos (banlieue de Sao Paulo). L'aéroport de Campinas, à 75 km, n'a pas assez de passerelles pour les passagers. La construction d'un troisième aéroport à Sao Paulo, prévue par le plan gouvernemental, prendra au moins six ans. Si les escales sont supprimées à Congonhas, les coûts des compagnies vont augmenter et "leurs marges vont se rétrécir". "C'est toute une stratégie de croissance qui doit être revue", conclut Rogerio Camilo.
 
25/07/007 10h19
7sur7.be
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