Le gouvernement brésilien vient de publier un livre intitulé "Le droit à la mémoire et à la vérité" où il reconnaît pour la première fois la responsabilité de l'Etat dans les crimes commis pendant les années de la dictature (1964-85).

11 ans de travail

Fruit de onze années de travail de la Commission spéciale sur les morts et les disparus politiques, mise en place pour enquêter sur les crimes de la dictature, ce livre retrace l'histoire de plus de 400 opposants politiques à l'ultime régime militaire au Brésil. "C'est la première fois que l'Etat brésilien reconnaît officiellement dans un document qu'il y a eu des tortures, des enlèvements et des disparitions pratiquées par l'Etat et en son nom", a déclaré à l'AFP Cecilia Coimbra, vice-présidente de l'organisation non gouvernementale Tortura Nunca Mais (La torture, plus jamais). Même si tous les cas étaient connus, le mérite principal du livre est qu'il reconnaît la responsabilité de l'Etat.

Tortionnaires

Pour la première fois également, le nom de certains tortionnaires figure dans un document officiel qui reconnaît aussi que la répression brésilienne a agi hors du pays: en 1972 en Bolivie, en 1973 au Chili et en Uruguay et en 1976 en Argentine. "Ce livre signifie le rétablissement de la mémoire, de la vérité", a affirmé le président de la Commission spéciale, Marco Antonio Rodrigues Barbosa, lors de sa présentation officielle mercredi soir. S'exprimant devant des proches des victimes et le gouvernement au complet, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a rappelé "qu'une des blessures qui restent ouvertes en permanence est la localisation des restes des victimes" de la dictature.

Un "droit sacré"

Tout en considérant que la localisation des restes des disparus est "un droit sacré" des familles, Lula n'a pas donné le feu vert à l'ouverture des archives militaires, comme le réclamaient les familles. Elcita Santa Cruz (94 ans), mère de Fernando Santa Cruz, disparu en 1974 à l'âge de 20 ans, a lancé un appel émouvant: "Je suis très vieille, je crois que je n'aurai plus la force de mener cette bataille jusqu'à la fin, pour savoir ce qui est arrivé à mon fils". "Ce livre est un pas important, mais un pas seulement. Il faut maintenant éclaircir les circonstances des morts et disparitions, localiser les restes et punir les coupables", a dit à l'AFP Lorena Moroni Barroso, qui avait 14 ans quand sa soeur Jana est devenue en 1974 l'un des disparus de la guérilla d'Araguaia.

357 victimes de la dictature

Le gouvernement a recensé officiellement 357 victimes des années de dictature au Brésil, mais ce chiffre est contesté par l'ONG Tortura Nunca Mais, qui parle de 480 morts et disparus. La presse brésilienne soulignait jeudi l'absence des militaires à la cérémonie. Pour Folha de Sao Paulo, "les militaires ont apparemment boycotté l'événement puisqu'aucun d'eux n'était présent, alors que les commandants des trois Forces armées avaient été invités". Selon Folha, "en coulisse ils auraient critiqué le document en le qualifiant d''inopportun' et 'sans nouveauté'". Le ministre de la Défense Nelson Jobim a assuré que "les Forces armées brésiliennes ont accueilli cet événement de la façon la plus normale". "Personne ne pourra réagir, et si quelqu'un le fait, il y aura une réponse", a ajouté le ministre lors du lancement du livre, une déclaration dans laquelle Folha voit "un message préventif à d'éventuelles critiques militaires". Le président Lula a insisté sur le fait que le livre symbolisait un sentiment de "réconciliation" et a promis d'accélerer la recherche des restes des disparus, mais "sans revanchisme", soulignant que "la loi de l'Amnistie a déjà été approuvée".

31/08/07 07h05

 

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