Le pays va dépenser 5 milliards de dollars pour préparer le Mondial 2014 de football. Les retombées de cet événement ne se résumeront pas seulement à la fête dans les stades du pays du football.

Le choix du Brésil comme pays organisateur de la Coupe du Monde 2014 est dû à une modification du règlement de la FIFA. En 2000, quand l'Allemagne a battu l'Afrique du Sud lors du vote interne de l'organe chargé de choisir le pays d'accueil de l'édition 2006, la FIFA a décidé d'établir un roulement entre les continents. Après l'Afrique en 2010, il revenait à un pays sud-américain d'organiser la compétition. La Colombie et le Brésil étaient les deux candidats déclarés. Mais, au mois d'avril, les Colombiens ont annoncé leur retrait en prétendant qu'ils ne pourraient pas satisfaire à toutes les exigences de la FIFA. Celles-ci se résument à l'existence de stades présentant les mêmes conditions de confort et de sécurité que leurs homologues des pays développés. Ainsi, tous les sièges doivent être numérotés et la présence d'un hôpital et de parkings à proximité est indispensable.

Avec la confirmation du choix du Brésil, une course aux marchés est lancée pour adapter les stades du pays aux normes internationales. En outre, il faudra préparer les villes d'accueil à la complexe opération logistique inhérente à l'organisation de la compétition. Les perspectives sont de l'ordre de 500.000 touristes en un mois –soit 10 % du nombre total sur un an– accourant dans les villes où se dérouleront les matchs. La compétition devrait attirer 15.000 journalistes, 15.000 bénévoles et 300 fonctionnaires et invités de la FIFA.

Il n'y a aucune raison de douter du fait que le Mondial 2014 au Brésil sera une grande fête. En plus de disposer de sept ans pour s'y préparer, le pays vient d'organiser avec succès les Jeux panaméricains à Rio (en juillet 2007). Dans une ville ravagée par le crime, on craignait que des événements violents ne perturbent la compétition. Ce ne fut pas le cas. Il faut d'ores et déjà prendre les dispositions nécessaires à la garantie de la sécurité dans les rues des villes du Mondial.

L'Afrique du Sud, qui connaît elle aussi des taux élevés de criminalité  -soit 40 assassinats pour 100 000 habitants, contre 27 au Brésil et 5 pour la moyenne mondiale-, a débuté très tôt sa préparation à la Coupe du Monde 2010. Le pays a augmenté de 600% ses dépenses en matière de sécurité, tout en doublant son contingent de policiers.

Toujours en Afrique du Sud, l'attente existe également de voir le Mondial contribuer à l'effort d'intégration de la majorité noire à l'économie du pays, diminuant ainsi les différences sociales héritées de l'apartheid. Pour sa part, l'Allemagne a profité du Mondial 2006 pour améliorer son image à l'extérieur. Considérée auparavant comme une nation peu accueillante, elle a reçu 90% d'opinions favorables de la part des touristes qui l'ont visitée à cette occasion. La Corée du Sud et le Japon ont eux amélioré significativement leurs relations bilatérales en organisant conjointement l'édition 2002. Au Brésil, ce serait déjà une grande victoire d'éradiquer la dengue, afin qu'elle ne touche pas les étrangers qui viendront en 2014.

Un manque d'aéroports

Bien sûr, ce n'est pas donné d'organiser un Mondial. Dans le cas brésilien, une partie du financement viendra des coffres de la CBF, la Confédération brésilienne de football, bénéficiaire des juteux contrats de sponsoring de la sélection auriverde. Mais les dépenses en matière d'infrastructures dans les villes d'accueil -construction de stades, travaux routiers, dans les aéroports et les télécoms- seront prises en charge par l'Etat. Peu de pays peuvent faire comme les Etats-Unis qui ont organisé le Mondial 1994 et les Jeux olympiques de 1984 et 1996 sans qu'un centime soit versé par le Trésor public. Tout simplement, car les infrastructures existaient déjà.

En Allemagne, le secteur public (local et fédéral) a financé un tiers des deux milliards de dollars dépensés dans les travaux réalisés pour les stades. Ceux qui sont favorables à des dépenses publiques pour la Coupe du monde au Brésil affirment que la compétition créera des emplois, augmentera le flux touristique, favorisera la revitalisation de zones urbaines et garantira des investissements lourds dans le pays. Si l'on analyse les données économiques concernant les dernières Coupes du monde, on constate que les arguments sont sensés. Mais les estimations sur le nombre de touristes, la création d'emplois et l'impact de l'événement sur le PIB sont en général exagérées. Habituellement on sous-estime les dépenses et on surestime les recettes. Quand le Mondial se termine, on refait -pas toujours- les calculs et la réalité des chiffres est habituellement moins rose. Avant le Mondial allemand, on parlait de la création de 100.000 emplois. Une étude réalisée a posteriori en a comptabilisé à peine la moitié. La Corée du Sud attendait 500.000 touristes de plus en 2002, et 50% d'entre eux sont finalement venus.

"La Coupe du Monde doit être comparée à un mariage. Vous faites une belle fête, mais vous ne devez pas espérer gagner de l'argent", explique l'économiste américain Victor Matheson, auteur d'une étude qui montre que l'impact des mégas événements sportifs est bien moins important qu'on ne le prétend. Les optimistes considèrent que le Mondial constitue le plus souvent une opportunité pour réaliser des investissements infrastructurels nécessaires dans les pays concernés. Le Brésil pourrait en profiter pour résoudre ses problèmes d'aéroports. Le seul que l'on peut considérer prêt à recevoir le Mondial est l'aéroport international de Rio de Janeiro-Galeão. Quoi qu'il en soit, le Brésil a sept ans pour préparer un Mondial inoubliable.

Daniel Salles et Marcio Orsolini, Veja

Rio de Janeiro, le 11 novembre 2007 - AFP

 

 

Retour à l'accueil