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Brésil Ceara Fortaleza

Brésil et grands labos, le face-à-face

Bernard Duraud

Le gouvernement de Brasilia veut mettre les médicaments à portée de tous et réclame d’autres règles concernant les brevets pharmaceutiques.

Aux grands maux, les grands remèdes : le Brésil, qui compte près de 190 millions d’habitants, est le pays d’Amérique du Sud le plus affecté par le virus du sida (environ 600 000 séropositifs), mais il est aussi celui où les réponses politiques et sociales sont sans doute parmi les plus efficaces. La pandémie apparue au début des années 1980 n’a certes pas été endiguée, mais sa progression a été nettement ralentie.

Selon le programme de lutte contre le sida du ministère de la Santé, le taux d’incidence du sida était de 22,2 cas pour 100 000 habitants en 2002, il n’était plus de 17,5 en 2006. L’action sanitaire a reposé sur une combinaison de l’information préventive et le traitement. L’an dernier le ministère de la Santé a investi 820 millions de dollars dans son programme antisida, dont 620 millions ont été destinés aux seuls médicaments. Pour 2008, le budget est d’un milliard de dollars.

La législation brésilienne garantit le droit de tout Brésilien à la santé. Les personnes infectées par le VIH ont l’accès gratuit aux cocktails d’antiviraux. Les laboratoires brésiliens produisent eux-mêmes des génériques. Depuis plusieurs années, le Brésil mène, au nom de la gratuité et de l’universalité des médicaments, un bras de fer avec les multinationales pour faire baisser le prix des antirétroviraux importés et tous les ans il en renégocie le prix. L’année dernière, faute d’accord avec l’américain Merck sur le brevet de l’Efavirenz, l’un des principaux composants du cocktail, le Brésil est pour la première fois passé outre les droits du laboratoire et a décidé d’importer d’Inde son équivalent générique en attendant de le produire lui-même. L’importation du générique indien a déjà permis d’économiser 30 millions de dollars en un an, une somme réinvestie dans la prévention.

Seize antirétroviraux sont actuellement disponibles au Brésil. Sept d’entre eux sont des génériques qui n’étaient pas protégés par des brevets, fabriqués au Brésil par des laboratoires publics tandis que les neuf autres sont importés. À titre de comparaison, le Chili ou le Mexique paient 5 à 7 fois plus cher car ils dépendent d’accords commerciaux bilatéraux avec les États-Unis, champions pour faire main basse sur les molécules et verrouiller l’accès universel des médicaments à coups de brevets.


Bernard Duraud

paru dans L’Humanité du 04/08/08

 

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