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Brésil Ceara Fortaleza

Sao Paulo, l'autre capitale de la mode

Avec sa «Fashion Week», on s’attendrait à voir accourir des milliers de fashionistas un mojito dans la main, un parasol dans l’autre. Rien de tout ça : les femmes de Sao Paulo sont des busineswomen aguerries. Et aujourd’hui ce sont elles qui font la mode…depuis leurs bureaux.

 

Brasil, Brasil…on imagine le long des boulevards des bombes dorées en micro short et tongs Havaianas, le nombril à l’air et les ongles french manucuré. Quel cliché! Nous sommes à Sao Paulo, la capitale économique qui concentre 35 % du PIB du pays. Donc ici on travaille, on businesse en tailleur morne. Les femmes au visage pâle se hâtent, en veste et pantalon strict, de regagner leur poste dans un des milliers d’écrasants buildings de la mégapole de 22 millions d’habitants ! Seules les filles des quartiers populaires, plus métissées, en jeans moulants et bottes plateforme en peau échappent au dress code.

 

Trente mille marques de textile ont essaimé au Brésil et rapportent trente billions de dollars par an, rien qu’à l’intérieur du pays. «Les classes moyennes et populaires gagnent plus d’argent, et achètent de plus en plus de vêtements depuis cinq ans» explique Rafael Cervone Netto, président d’un organisme de soutien de la mode au Brésil. La Fashion Week consacre les fleurons de ce secteur comme Herchcovitch, Ellus, Neon…Créée il y a douze ans, elle attire des milliers de pros et la planète fashion locale, animée par des créatrices stars et des Anna Wintour brésiliennes. Et quand la topissime Gisèle Bundchen se présente à l’événement, elle déclenche un raz de marée humain.

 

La mode de Sao Paulo a-t-elle besoin de nous, alors que le secteur textile, dans le top 10 mondial de cette industrie, gagne des cibles comme le Qatar, Dubai, la Russie, l’Arabie Saoudite? Oui, parce que la mode brésilienne ne représente que 0,5 % du marché mondial. Elle entend bien se tailler la part du lion dans l’avenir. suivant (2/3) 

 

Les projets bouillonnent. «Il y a vingt ans, quand j’ai commencé à travailler, c’était le début de la mode» explique Adriana Bozon, styliste de la marque Ellus. «Aujourd’hui, il y a des écoles. Et nous encourageons les jeunes avec notre ligne bis «Second floor», en faisant collaborer de nouveaux designers.» Karina Mota, à seulement 27 ans, a créé un Concept Store rue Oscar Freire. «Ici, il est possible de poser la première pierre de quelque chose. Il y a de la place pour les projets comme le mien. Nous voulons revaloriser la culture brésilienne et l’artisanat, une sorte de tropicalisme mêlé d’influences urbaines.»

 

Les shoppeuses frénétiques dévalisent la rue chic Oscar Freire, l’artère du luxe et du prêt à porter haut de gamme, ou les malls clinquant façon Dubai. Et leur paradis se nomme Daslu, enseigne montée il y a quarante ans dans un appartement par Lucia Piva de Albuquerque Tranchesi, relayée aujourd’hui par sa fille. Non loin vient d’ouvrir un plus grand mall, Cidade Jardim, sorte de Quatre Temps de luxe, où les grandes enseignes alignent leurs magasins.

 

A Sao Paulo, les disparités sociales sont insensées. Les empires du luxe voisinent avec les favelas, les hélicoptères privés survolent les buildings en bas desquels des hommes en lambeaux fouillent les poubelles. Mais étrangement, ici, le bling se fait discret et porte sur des détails. Wonderwoman et grosses fortunes adoptent la panoplie jean, chemise blanches, perles, cheveux attachés et grandes bottes. Avec un indéboulonnable petit pull noué sur les épaules selon une tradition chère au seizième arrondissement de Paris il y a…euh, vingt ans déjà.

 

«Les femmes adorent la mode, mais ne savent pas encore jouer avec elle.» explique Erika Palomino, star des rédactrices de mode. «Elles ont une image du chic très étroite. Et le cool et l’expérimentation n’en font pas partie. La manière dont elles s’habillent doit correspondre à leur statut financier. On observe une vraie compétition de sacs à main, toujours griffés, que les femmes posent en évidence sur la table pour montrer leur puissance.» Les plus exhib recourent au brushing blond, aux diamants, au nose job et autre bouche de canard.

 

Mais où est donc le tropical? Où se cachent les femmes foncées? En tout cas pas à la Fashion Week. Thelma, mannequin noire, avoue avoir du mal à trouver du travail malgré sa beauté évidente. Ce sera cela leur prochain défi : mettre de la couleur dans le business de la mode.

Katia Pecnik

http://obstyles.nouvelobs.com/

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