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Brésil Ceara Fortaleza

JR habille les murs d'une favela de Rio de ses photos de visages de femmes

Morro da Providencia, l'une des favelas les plus dangereuses du centre de Rio, refait parler d'elle, non pas dans les chroniques policières des journaux brésiliens mais en s'inscrivant cette fois dans le monde de l'art grâce au travail du photographe français JR.

JR, qui a choisi de ne pas révéler son identité, ni son visage et se définit comme un "artiviste" (contraction des mots artiste et activiste) a revêtu les façades des maisons, perchées sur les collines de la favela, de gigantesques photographies de visages et de regards de femmes, en noir et blanc.

 

L'effet est remarquable à distance, alors que leurs yeux écarquillés se détachent de la colline, et semblent se fixer sur les passants au bas de l'Avenida Brasil, l'une des grandes avenues de Rio. Désormais la favela observe la ville.

 

"JR et son équipe ont passé près d'un mois dans la favela. Armé d'un objectif 28 mm, JR a photographié une trentaine de femmes volontaires, puis choisi les maisons où il allait coller ses photos avec l'aide d'alpinistes brésiliens", a déclaré à l'AFP Mauricio Hora, un photographe né dans la favela qui a aidé JR dans ses contacts avec la population.

 

Mauricio a dû également intercéder auprès des gangs de trafiquants qui contrôlent la favela de laisser JR et son équipe travailler en toute sécurité.

 

Avec cette exposition, JR, pour qui la rue est une galerie d'art universelle et la ville le terrain d'actions de grande ampleur, a voulu rendre hommage aux femmes, celles qui occupent un rôle essentiel dans ces communautés et bien souvent les premières victimes de la violence.

 

L'objectif secondaire est de créer de l'art dans des endroits où il est toujours exclus.

 

"C'est une exposition éphémère. La pluie a déjà détruit certaines des affiches. Mais c'est justement en cela qu'elle est intéressante", a déclaré Mauricio se félicitant que "les habitants aient commencé à se familiariser avec l'art".

 

JR, lui, fuit les interviews, s'efface derrière les seules "stars" de ses expositions que sont les personnes qui apparaissent sur les photos et celles qui cèdent leurs maisons.

 

"Si je commence à apparaître, le centre de l'attraction cessera d'être mon oeuvre", a-t-il dit rapidement au quotidien Folha de Sao Paulo au dernier jour de "l'accrochage" samedi dernier.

 

JR et son équipe ont dû s'adapter aux rues escarpées, aux maisons fragiles, aux câbles électriques enchevêtrés et même à une occasion aux échanges de tirs entre policiers et trafiquants.

 

Ce sont les reportages sur trois jeunes du Morro da Providencia, abattus le 16 juin dernier, qui ont conduit JR à inclure la favela dans son itinéraire.

 

Il a déjà réalisé "Portrait d'une génération" dans les banlieues parisiennes en 2006 et "Face 2 Face" au Proche-Orient. Dans le cadre de sont projet actuel "Women", il a habillé des maison détruites en Afrique avec des portraits de femmes violées.

 

Fatima Barbosa, 48 ans, dont le visage apparaît sur un escalier du Morro da Providencia est la mère de l'un des trois jeunes que 11 militaires ont "vendu" à des trafiquants d'une communauté rivale qui les ont ensuite exécutés.

 

Les yeux pleins de larmes elle a raconté qu'elle n'aurait "jamais pensé traverser une telle épreuve et qu'elle continuera à lutter pour que justice soit faite".

 

"L'exposition nous a donné de la visibilité car les autorités ne disent pas tout. On m'a vue à la télévision et cela m'a fait du bien", a-t-elle dit à l'AFP.

 

"JR a donné une nouvelle identité à la favela et a amélioré +l'auto-estime+ de ses habitants délaissés par les autorités", a-t-elle conclu.

 

www.24heures.ch/

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