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Brésil Ceara Fortaleza

Le berimbau d'un Argentin du Brésil

Passionné de percussions depuis l'enfance, le musicien Argentin Ramiro Musotto, qui termine sa tournée française le 24 août au parc de La Villette, à Paris, joue du berimbau avec les stars brésiliennes (Margareth Menezes, Daniela Mercury, Lenine...). Comment un Argentin en est-il arrivé à devenir un des maîtres d'un instrument emblématique du Brésil ?

 

Après une adolescence à Bahia Blanca, en Patagonie, passée à frapper les peaux dans des groupes de rock contestataires ou l'orchestre symphonique de sa ville, à 18 ans Musotto part pour le Brésil. Sans billet de retour. Par envie de tout apprendre des rythmes brésiliens, mais plus encore par désir de happer et maîtriser les infinies subtilités du rustique berimbau.

 

Cet instrument, né au Brésil, est un arc musical fait à partir d'un bâton d'1,40 m sur lequel sont fixées une corde d'acier et une calebasse. Joué avec une fine baguette frappée le long du fil métallique, il accompagne de son chant syncopé la capoeira, cet art martial inventé au Brésil par les esclaves originaires d'Angola.

 

Le responsable de cette attirance folle d'un musicien argentin pour l'instrument des capoeristes s'appelle Nana Vasconcelos. Né à Recife, en 1944, c'est le VIP du berimbau, l'idole de Ramiro Musotto. "Nana était un musicien très important pour les gens de ma génération, à l'instar d'Hermeto Pascoal et d'Egberto Gismonti. Il me fascinait." Cette fascination l'amène à Salvador de Bahia, berceau de la négritude au Brésil et de la capoeira. A Bahia, le berimbau résonne partout.

 

TISSAGE SONORE

C'est le souvenir incontournable à rapporter à la maison pour un touriste. "Ma mère m'en avait rapporté un quand j'étais gosse." L'instrument de son premier apprentissage. Avant Sao Paulo, puis Salvador de Bahia, "pour être au plus près de la tradition". Ramiro Musotto se dit captivé par le côté primitif de cet objet à musique, dont il fait le centre de son travail de tissage sonore, entre sons naturels des percussions et programmations électroniques.

 

Un instrument masculin qu'il a involontairement féminisé. "En fait, j'ai changé la calebasse, un peu par hasard. Un ami m'en avait donné une petite qui venait de chez les Indiens d'Amazonie. Je l'ai montée pour voir..." Magique ! Il arrive avec cette petite calebasse, qui adoucit le son du berimbau, à produire des effets sonores syncopés auxquels il ne parvenait pas jusqu'alors. "Pour moi, de par ses sonorités plus douces, c'est un berimbau femme que j'utilise."

 

Entre le masculin et le féminin, Ramiro Musotto a définitivement fait son choix. Il dit avoir quelque deux cents petites calebasses d'Amazonie chez lui, qui attendent de résonner sous la vibration du fil d'acier.

 

Patrick Labesse - Le Monde

 

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