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Brésil Ceara Fortaleza

Cacilda et Severina au coeur d'un débat sur l'avortement pour anencéphalie

"Calcida versus Severina": ces deux histoires dramatiques survenues au Brésil illustrent le débat entamé à la Cour Suprême qui devra se prononcer sur la légalisation de l'avortement en cas de grossesse de bébés anencéphales, voués à la mort juste après leur naissance.

 

Cacilda est une agricultrice de l'Etat de Sao Paulo qui, en 2007, a appris que le bébé qu'elle attendait était atteint d'anencéphalie, une malformation congénitale provoquant l'absence de cerveau.

 

Elle a décidé de mener à terme sa grossesse et contre tout pronostic, sa fille Marcela a survécu un an et huit mois. Cette femme est devenue le symbole de la lutte de l'Eglise catholique contre la légalisation de l'avortement dans les cas d'anencéphalie.

 

Le record de survie de Marcela, décédée au début du mois, a été attribué au fait qu'elle avait d'infimes parties de l'encéphale qui maintenaient ses fonctions vitales.

 

"Je le referais à nouveau", a affirmé Cacilda mardi à la Cour Suprême.

 

"Marcela est la preuve qu'un enfant, même avec une telle malformation, est un être humain", ont affirmé les évêques du Brésil qui mènent une vigoureuse campagne anti-avortement.

 


"Personne ne peut autoriser que l'on tue un être humain innocent, que ce
soit un embryon, un foetus ou un enfant, avec ou sans malformation", a souligné le porte-parole de la Conférence nationale des évêques (CNBB), Mgr Luiz Antonio Bento.

 

Diamétralement opposée, l'histoire de Severina, une agricultrice analphabète du Nord-Est pauvre qui, en 2004, a vécu un véritable calvaire dans les hôpitaux et les tribunaux pour tenter d'interrompre sa pénible grossesse d'un bébé anencéphale.

 

Le cas de Severina a fait l'objet d'un documentaire émouvant de l'anthropologue Debora Diniz et l'a transformée en symbole de ceux qui demandent à la Cour de légaliser l'avortement.

 

L'interruption volontaire de grossesse est toujours interdite au Brésil, sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Cela n'empêche pas un million de femmes d'avorter clandestinement, lors d'opérations qui coûtent la vie à des milliers d'entre elles chaque année, selon les autorités.

 

"La décision de celles qui, comme Cacilda, décident de poursuivre leur grossesse, est respectée tandis que celles qui ne le veulent pas, voient leurs droits bafoués. Le Brésil est un pays laïc et ne peut imposer à toute la société la morale d'une religion", a clamé la présidente de l'organisation catholique "Pour le droit de décider" (d'avorter), Maria José Rosado, devant les juges de la Cour.

 

"Seul quelqu'un l'ayant vécu peut comprendre ce que représente prolonger une grossesse sans espoir, sachant que le berceau de son enfant sera un cercueil", a affirmé dans une lettre une autre jeune femme, Thiany, à qui la justice avait interdit d'avorter.

 

 

Le représentant d'une église pentecôtiste, la puissante Eglise Universelle du Royaume de Dieu, Carlos Macedo, a défendu "l'avortement thérapeutique" pour ces cas désespérés, arguant qu'il "revient à l'Etat d'assurer que ses citoyens vivent bien et non pas seulement qu'ils vivent".

 

Le ministre brésilien de la Santé, José Temporao, favorable à l'avortement, a déclaré à la presse que "la décision revient à la femme".

 

La Cour devrait trancher d'ici à la fin de l'année mais devait auparavant recueillir l'avis de la communauté scientifique.

 


http://www.romandie.com/infos/news2/080827043024.zpzj60hp.asp

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