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Brésil Ceara Fortaleza

Peine purgée, ils restent en prison

Lorsque le gardien de prison lui a indiqué la porte de sortie, Ednaldo Santos da Silva a cru à une plaisanterie. À 34 ans, cet homme à l'allure frêle pensait ne plus jamais retrouver sa famille. Il y a neuf ans, il a été condamné à un an et onze mois de détention pour port d'arme illégal. Depuis, l'administration pénitentiaire l'a oublié, jusqu'à retrouver sa trace par hasard, il y a quelques semaines.

L'histoire d'Ednaldo n'a rien d'exceptionnel. Chargé par le Parlement d'une enquête sur le système carcéral brésilien, le député Domingos Dutra vient de révéler qu'au moins 9 000 prisonniers sont dans une situation similaire. Ils ont purgé leur peine, mais sans avocat pour les faire sortir, ils restent enfermés. Dans de nombreux États, les registres des prisons sont encore effectués à la main. Il suffit que le nom du détenu soit mal écrit, illisible ou que la page le concernant ait disparu pour qu'il soit considéré comme inexistant.

Les plus riches peuvent être détenus à domicile

Aux côtés d'Ednaldo, il y avait des condamnés restés au-delà de leurs peines, mais aussi des dizaines de milliers de détenus en attente de jugement. Le département pénitentiaire calcule que 133 000 personnes sont en détention préventive, soit environ 30 % de la population carcérale, une des proportions les plus élevées du monde.

En théorie, la loi exige que le suspect soit traduit devant le juge dans un délai de 81 jours, mais certains patientent depuis plus de deux ans. « Ce ne sont jamais des cols blancs, seulement des cols noirs : des jeunes, pauvres et noirs », témoigne Domingos Dutra.

Alors que les avocats permettent aux plus riches d'obtenir une détention à domicile, même à l'issue d'un meurtre ou de détournement de millions, les plus défavorisés, sans défense, écopent de plusieurs mois pour le vol d'un shampoing. L'assistance juridique que l'État doit leur offrir est inexistante. À São Paulo, par exemple, chaque avocat commis d'office a 5 478 détenus en charge.

Innocents ou coupables de crimes mineurs, ces détenus sont enrôlés de force dans une véritable école du crime. Face à l'explosion de la population carcérale (440 000 détenus pour une capacité maximale de 260 000), les autorités pénitentiaires, débordées, préfèrent négocier avec les chefs des principaux gangs le maintien de l'ordre dans les prisons. En échange, libre à eux de faire ce qu'ils veulent des prisonniers.

 

Lamia OUALALOU.

 

http://www.ouest-france.fr/Bresil-peine-purgee-ils-restent-en-prison-/re/actuDet/actu_3637-701526------_actu.html

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