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Brésil Ceara Fortaleza

Tropa de Elite : dans la jungle des favelas

Couronné par un Ours d'or controversé au dernier Festival de Berlin, "Tropa de Elite", qui sort mercredi sur les écrans français, est un film "coup de poing" sur la violence dans les favelas au Brésil. Il n'épargne ni les narcotrafiquants, ni les flics corrompus, ni même les policiers incorruptibles aux méthodes particulièrement brutales.

Ce long-métrage a connu un énorme succès au Brésil où il a été vu par plus de 11 millions de spectateurs.

Rio de Janeiro, 1997. Des milices armées liées au trafic de drogue contrôlent les favelas. La plupart des policiers, corrompus, n'interviennent plus sur le terrain. Les forces d'élite du BOPE (Bataillon des opérations spéciales de police) sont les seules à continuer leur lutte contre les trafiquants.

Mais dans sa volonté de rétablir l'ordre, le BOPE n'hésite par à recourir aux moyens les plus extrêmes, comme la torture, pour arriver à ses fins. Le capitaine du BOPE, Nascimento (Wagner Moura), est chargé de "nettoyer" une favela dans laquelle le pape doit passer une nuit. Il accepte cette mission, mais obtient parallèlement le feu vert pour quitter ensuite ses fonctions particulièrement dangereuses, son épouse venant de donner naissance à leur premier enfant. Il doit toutefois trouver un successeur pour le remplacer et hésite entre deux nouvelles recrues, le fougueux Neto (Caio Junqueira) et le brillant Matias (André Romiro).

José Padilha, auteur d'un documentaire remarqué sur de jeunes délinquants, "Bus 174", réalise avec "Tropa de Elite" ("Troupe d'élite") un nouveau film sur la violence urbaine, dans la même veine que "La cité de Dieu" et "La cité des hommes" (sorti récemment dans l'Hexagone). Mais il présente la particularité d'adopter le point de vue des policiers, en s'appuyant sur un scénario de Rodrigo Pimentel, qui a passé 19 ans comme officier dans la police militaire brésilienne, puis comme capitaine au sein du BOPE.

Sa vision apporte une grande crédibilité au film, même si elle peut parfois paraître excessive. Ainsi, de jeunes étudiants de milieux aisés qui veulent apporter une aide aux enfants d'une favela par l'intermédiaire d'une ONG sont présentés comme des idéalistes inconscients, voire des complices des narcotrafiquants. "Si vous voulez aider des gosses dans une favela, vous serez obligés de montrer patte blanche à des trafiquants de drogue... Pour faire le bien, il faut nécessairement en passer par des trucs pas très nets", observe José Padilha.

Les douze semaines de tournage n'ont pas été faciles dans les favelas. José Padilha raconte notamment que toutes les armes dont ils disposaient pour le tournage (qui étaient factices) ont été volées, et plusieurs membres de l'équipe enlevés, avant d'être finalement relâchés, quelques heures plus tard. "Il y a eu quelques défections, même si nous portions tous des gilets pare-balles. Le film était trop dangereux pour certains", raconte également le réalisateur. Pour ceux qui sont restés, cette pression a au contraire renforcé la cohésion.

Une partie du film retrace aussi l'entraînement des soldats d'élite du BOPE, avec des séquences qui rappellent la formation des GI dans "Full Metal Jacket" de Stanley Kubrick. Très dure, cette épreuve crée aussi des liens très forts entre les recrues qui n'abandonnent pas.

On peut toutefois regretter que le long-métrage de José Padhila n'aborde par la responsabilité des politiques qui semblent s'accommoder de cette situation chaotique. On peut aussi parfois se demander si la vision du réalisateur ne présente pas une certaine complaisance vis-à-vis des membres du BOPE (ce qui a d'ailleurs été un sujet de controverse à Berlin), même s'il n'hésite pas non plus à montrer la brutalité de leurs méthodes.

Au final, le film présente une image très pessimiste de la situation dans les favelas brésiliennes et offre peu d'espoir. Mais il est très instructif, spectaculaire, et témoigne de la vitalité actuelle du cinéma brésilien, récompensé aussi récemment par le prix d'interprétation féminine décerné au dernier Festival de Cannes à la Brésilienne Sandra Corveloni, actrice principale de "Linha de passe", de Walter Salles et Daniela Thomas.

 

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/culture/20080901.FAP3699/tropa_de_elite_dans_la_jungle_des_favelas.html

 

 

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