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Brésil Ceara Fortaleza

Le Brésil cherche à faire le meilleur usage de son nouveau statut de grande puissance pétrolière

Il y a quelques jours, sur une plate-forme pétrolière au large des côtes du sud-est de son pays, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva s'est abandonné à un lyrisme de bon aloi. "C'est un signe de Dieu, un passeport pour l'avenir", a-t-il lancé à propos des immenses gisements de pétrole et de gaz récemment découverts dans les eaux très profondes de l'Atlantique.

 

L'enthousiasme du président Lula ne semble pas exagéré. Un trésor énergétique sommeille à quelque 250 kilomètres au large des Etats de Santa Catarina, Sao Paulo, Rio de Janeiro et Espirito Santo. Ces champs pétrolifères s'étirent sur une bande longue de 800 kilomètres et large de 200 kilomètres. L'or noir qu'ils contiennent est enfoui à une profondeur allant de 5 000 à 7 000 mètres, sous une épaisse croûte de sel pouvant atteindre 2 000 mètres.

Le gisement de Tupi, découvert en novembre 2007 dans le bassin de Santos, contient entre 5 et 8 milliards de barils récupérables, d'un brut léger, et donc assez facile à raffiner à un coût modéré. Dans la meilleure hypothèse, il représenterait à lui seul la totalité des réserves de la Norvège. Tupi a fait doubler les réserves prouvées du Brésil à 14 milliards de barils. Les champs offshore pourraient, en l'état actuel des prévisions, receler entre 50 et 80 milliards de barils.

Que ces prédictions soient, ou non, entièrement confirmées, une chose est sûre : le Brésil est en train de devenir une grande puissance pétrolière. Il produit actuellement 2,3 millions de barils/jour. Il en produira plus de 4 millions en 2015, lorsque Tupi entrera en activité.

Le chef de l'Etat a donné, le 2 septembre, le coup d'envoi officiel à l'extraction dans les eaux très profondes, sur la plateforme P-34 de la compagnie nationale Petrobras. L'exploitation de ce puits de forage servira d'expérience "pilote" pour celle du gisement de Tupi.

Par son ampleur, cette "divine surprise" pétrolière conduit le gouvernement à se poser trois questions : qui va gérer la production des "méga-réserves" en eau très profonde ? Qui recevra ce pactole ? Quel sera son usage ?

Sans vouloir trop léser "notre chère Petrobras" - comme l'appelle le président Lula -, le gouvernement est tenté de confier l'administration des futurs champs à une nouvelle agence d'Etat, semblable à celle qui existe en Norvège. Cet organisme placerait les revenus du pétrole sur un fonds souverain chargé de les faire fructifier. Un comité interministériel doit se prononcer sur ce projet avant la fin de l'année.

Dans un élan de nationalisme pétrolier, l'Etat veut à la fois mieux contrôler la production et accroître ses bénéfices. Dans cet esprit, l'attribution des concessions de forage a été suspendue en 2007. La loi sera changée et les futurs contrats seront moins favorables aux compagnies étrangères qui devront verser de plus fortes royalties à l'Etat. "Il n'est pas question de laisser les profits du pétrole dans les mains d'une demi-douzaine de sociétés", a prévenu le président brésilien.

Les multinationales du secteur craignent d'être privées d'une partie des ressources alléchantes promises par les récentes découvertes. Elles assurent que le Brésil aura besoin de leur argent dans la mise en oeuvre des énormes investissements exigés par l'exploration en eau très profonde.

Brasilia veut aussi une nouvelle répartition de la manne pétrolière - 7,4 milliards de dollars en 2007 - plus favorable à l'Etat fédéral et moins généreuse envers les Etats fédérés et les municipalités, soupçonnés de la gaspiller. Le budget de l'Etat de Rio de Janeiro, par exemple, est largement alimenté par l'or noir. "Le pétrole appartient à l'Union", a rappelé le président Lula.

Que faire de cet argent ? Le président lui assigne deux objectifs sociaux : financer l'éducation et éradiquer la pauvreté. L'accroissement de ces ressources suppose de mettre en place une industrie pétrolière puissante. Celle-ci stimulera par une vertueuse contagion les autres secteurs industriels et permettra de vendre en Europe, aux Etats-Unis ou au Japon des produits raffinés à forte valeur ajoutée, comme le gazole.

Le jour où sa production dépassera les besoins nationaux, le Brésil n'envisage pas d'exporter du brut. C'est pourquoi il a poliment décliné la récente invitation à rejoindre l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) que l'Iran lui avait transmise.


Jean-Pierre Langellier

 


http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/12/le-bresil-cherche-a-faire-le-meilleur-usage-de-son-nouveau-statut-de-grande-puissance-petroliere_1094492_3234.html

 

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