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Brésil Ceara Fortaleza

La bossa-nova fête ses cinquante ans

Samia Oualalou

 

Boudée par le grand public sur sa terre d'origine, elle doit son succès à des tubes qui ont séduit l'Europe et les États-Unis. 

Le 1er janvier 2008, les éditoriaux de la grande presse de Rio n'ont pu s'empêcher d'afficher leur consternation : alors que la bossa-nova fête, cette année, ses cinquante ans, le maire n'a programmé aucun de ses tubes mythiques pour le concert de fin d'année.

Lorsque les feux d'artifice se sont achevés, les deux millions de personnes éparpillées sur la plage de Copacabana ont commencé à se trémousser sur des airs de funk brésilien, la musique des favelas, qui exalte le sexe et raconte la dure vie quotidienne, marquée par la violence policière et le racisme.

L'épisode ne pouvait mieux rappeler à quel point la bossa-nova n'a jamais réussi à pénétrer le Brésil populaire. « D'autant qu'aucun effort n'est fait pour faire connaître la bossa-nova dans les couches populaires », regrette Carlos Alberto Afonso, propriétaire de la libraire musicale Toca do Vinicius, à Rio de Janeiro, et l'un des meilleurs spécialistes de la bossa-nova. Ses inventeurs l'ont-ils même voulu ?

Le succès planétaire de Stan Getz

À la fin des années 1950, c'est dans les appartements d'Ipanema, quartier chic de Rio de Janeiro, que se fomente cette petite révolution. Pour la première fois, des jeunes de l'élite brésilienne font une intrusion sur le terrain de la création musicale, historiquement dominé par les noirs et les métis issus des classes populaires.

À l'origine, on trouve le guitariste à la voix intimiste João Gilberto, le compositeur António Carlos Jobim, dit Tom Jobim, le poète chanteur Vinicius de Morães, et aussi Carlos Lyra, Luiz Bonfa ou Roberto Bôscoli. Ensemble, ils détournent le rythme traditionnel de la samba, rajoutent une pointe de jazz, empruntent à Debussy, Ravel, ou encore au compositeur brésilien Villa-Lobos. En 1958, c'est João Gilberto qui donne le coup d'envoi, en susurrant Chega de Saudade. La « bossa-nova », littéralement « nouveau style », est née !

Le genre incarne à merveille l'optimisme de l'époque. En 1958, le Brésil vient d'emporter sa première coupe du monde de football et construit une capitale en plein désert, Brasilia. Pour les musiciens, il s'agit d'enterrer le boléro et ses paroles larmoyantes autour de la passion incomprise, pour lui substituer une vision solaire de l'amour, des jeunes filles à la peau dorée marchant sur la plage. La bossa-nova se revendique cosmopolite.

En novembre 1962, Tom Jobim et les autres ont droit aux honneurs du Carnegie Hall, à New York. L'année suivante, le saxophoniste américain Stan Getz lance une adaptation de la Garota d'Ipanema, un tube de bossa-nova, en compagnie de João et Astrud Gilberto. Ce sera The Girl of Ipanema, un succès mondial.

En séduisant Paris, New York et Tokyo, les musiciens ont tourné le dos au grand public brésilien et à ses préoccupations. À cinquante ans, la bossa-nova reste ce qu'elle a toujours été : une délicieuse musique faisant croire aux élites que le Brésil est en Europe ou aux États-Unis.

 

 

La contribution d'Henri Salvador. Tom Jobim, le grand musicien brésilien a vu dans la chanson Dans mon île, d'Henri Salvador (mort en février 2008), la naissance de la bossa-nova, une décennie plus tôt. En l'écoutant, il aurait alors dit : «C'est ça qu'il faut faire, ralentir le tempo de la samba...»

 

http://www.ouest-france.fr/La-bossa-nova-fete-ses-cinquante-ans-/re/actuDet/actu_3639-713201------_actu.html


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