L'Amazonie couvre plus de la moitié du Brésil. Objet de tant de convoitises et de dévastations, cet immense territoire attire désormais l'attention de l'opinion publique. Des initiatives de revalorisation des cultures et modes de vie indigènes et de développement durable s'y multiplient. Exemples.

Quand le guarana redonne vie à une tribu

Grâce au guarana, la tribu des Satéré Mawé et la société française
Guayapi ont, depuis 1990, noué des relations commerciales équitables. Le prix de cet élixir énergétique, issu des fruits d'un arbrisseau aux vertus mythiques, est fixé par les Indiens et il ne se discute pas. Sur chaque boîte vendue 42 euros, la tribu des "fils du guarana", comme se désignent eux-mêmes les Satéré Mawé, perçoit plus de 5 euros. Claudie Ravel, la directrice de Guayapi, bénéficie en contrepartie de l'exclusivité de la vente (pour la France) de la poudre de guarana des Satéré Mawé et d'un produit hors pair, 100 % naturel, vendu dans les points de vente bio en France. Mais l'histoire se poursuit au-delà du commerce et devient un exemple réussi de reconquête identitaire autant qu'une ressource alimentaire pour ces Indiens qui, en 1986, ont décidé de s'émanciper des aides gouvernementales et de l'assistanat. Les Satéré Mawé ne sont que 8 000, répartis sur quelque 780 000 hectares ; ils ont toutefois réussi, grâce au commerce du guarana, à se fédérer et à réhabiliter leur culture par-delà la dispersion géographique. Obadias Batista Garcia, le chef des Satéré Mawé, qui préside le conseil de la tribu, a très vite impulsé des initiatives inédites. Ainsi les jeunes de la tribu peuvent-ils bénéficier d'une bourse pour se former tant au portugais qu'aux savoirs ancestraux de leur ethnie. Les Satéré Mawé explorent également la voie écologique : ils recourent à la pollinisation par les abeilles, qui permet d'accroître la production en préservant la biodiversité, recyclent les déchets, etc. La façon dont les Satéré Mawé gèrent les ressources tirées du commerce du guarana constitue un modèle de développement pour les communautés indigènes, reconnu par la Coordination des organisations indigènes de l'Amazonie brésilienne (COIAB).

Adoptez un arbre

"Quatre-vingts pour cent de la coupe d'arbres en Amazonie est illégale !" s'insurge Jérémie Deravin, qui, avec l'anthropologue Isabelle Trunkowski, a créé
Commercequitable.com, un site dédié à la sauvegarde des forêts primaires. Depuis l'an 2000, une action de reboisement de la forêt amazonienne dégradée a été lancée dans la région de Santarem (Etat du Pará). Le principe consiste à payer davantage les communautés villageoises pour reboiser que pour arracher les arbres et à créer des activités économiques à partir des ressources naturelles de la forêt : huiles essentielles, par exemple. Le moyen : la vente de jeunes arbres au public via un site Internet, un système à la fois efficace et économe. Grâce au rachat de terrains, Commercequitable.com crée des pépinières de jeunes plants issus d'essences locales, puis lance la souscription sur le site, qui s'adresse aussi bien aux entreprises qu'aux particuliers. A ce jour, plus de 15 000 arbres ont été plantés depuis le lancement de l'opération, en 2001, notamment sur le territoire des Indiens Kaiapos et dans la forêt, en bordure du fleuve Tajapos. La plantation effectuée sur place par les Indiens leur est rémunérée 1 dollar par arbre planté, contre les 2 dollars par jour habituellement payés pour déboiser. Cette année, par exemple, une dizaine de personnes se sont réparties la mise en terre de 1 400 arbres.

Huiles essentielles au juste prix

L'argument financier a beau être incitatif, il ne suffit pas à faire vivre les villageois. D'où l'idée de soutenir d'autres activités économiques fondées sur l'exploitation des ressources végétales. Des huiles essentielles de fabrication traditionnelle – Andiroba, Péquia, Copaiba - s'ajoutent désormais au "catalogue" de jeunes arbres sur le site Internet et sont également proposées dans un réseau de boutiques bio. Dans la région du Pará, les femmes récoltent ces huiles depuis toujours, mais elles les vendaient jusqu'à présent à un prix extrêmement faible, un peu plus de 3 euros par litre. Cette année, Commercequitable a passé commande de 200 litres d'huiles essentielles, à un tarif de plus de 16 euros le litre. Séduits par la démarche, la Fondation Nicolas Hulot et le WWF ont décidé de soutenir ces actions.

Anna Moreau et Sabine Grandadam

 

 

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