Action

Actuellement, l’un des fers de lance contre le racisme au Brésil, est la revendication de réparation de la situation raciale, devenue la grande marque du Mouvement Noir, réparation passant par des politiques publiques de discrimination positive, qui outre le fait de chatouiller les bureaucrates et les élites habitués à la tranquillité que leur offrait le concept de démocratie raciale, participe au débat sur l’un des problèmes sociaux majeurs de ce Brésil qui est le nôtre, à savoir la discrimination raciale.

La discrimination positive a d’abord été mise en place par le gouvernement des Etats-Unis, dans les années 60. Le débat sur la question raciale américaine est devenu le principal ordre du jour du gouvernement fédéral. On remettait de plus en plus en question la décision de la Cour Suprême Américaine qui jugeait constitutionnel le principe “égaux, mais séparés”. On assista à d’immenses conflits, à la limite de la guerre civile, en particulier dans le sud du pays. Cette révolte aboutit à ce que John F. Kennedy (président, à l’époque) défende l’égalité de droits. Celui-ci étant assassiné le 22 novembre 1963, ce sera son successeur, Lyndon Jonhson, qui signera, en 1964, le Civil Rights Act (ensemble de normes visant à réduire les inégalités raciales et sociales). Le paroxysme est atteint après l’intense campagne des Mouvements Noirs américains, certains conduits par Martin Luther King et Malcolm X, ou de groupes radicaux telles les « Panthères Noires » qui luttent pour les droits civils des Noirs nord-américains. Le concept de discrimination positive a marqué l’Europe, et, ce n’est qu’en 1995, qu’il arrive au Brésil, là encore sous l’effet de la pression du mouvement noir sur le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso qui élabore, cette même année, un projet intitulé Construindo a Democracia Racial [Construisons la Démocratie Raciale]. Ces actions ont pour objectif de générer plus d’égalité par le biais de décisions privilégiant des groupes et des races socio-économiquement exclus au Brésil.

D’après l’Institut de la Race et de la Pauvreté [The Institute on Race & Poverty] de l’Université du Minnesota, la discrimination positive a permis à la classe noire moyenne nord-américaine d’être multipliée par deux en vingt ans. Au Brésil, les gouvernements de l’Etat fédéral et des Etats fédérés ont mis en place des quotas pour les Noirs, les femmes et les déficients visuels.

Les politiques de discrimination positive se retrouvent sur plusieurs fronts, comme les cours de préparation à cette sorte de baccalauréat qu’est le “vestibular”, ou l’accès à la carrière diplomatique, la sauvegarde de l’identité culturelle et ethnique des Noirs, Indiens et autres minorités exclues et occultées par l’histoire et la culture brésilienne. Mais la démocratisation d’une éducation de qualité doit venir de l’instruction élémentaire, de l’éducation dans les écoles maternelles. Bien conscient de cela, le gouvernement fédéral a rendu obligatoire dans les écoles publiques l’enseignement de l’Histoire de l’Afrique et de la population noire.

Le président Lula, dans un autre discours publié en janvier de cette année sur le site du PT, déclare “qu’il ne suffit pas de hurler avec les loups, qu’il ne suffit pas de faire un discours ou une bonne thèse universitaire. Il faut que nos enfants, à l’école préparatoire, dans l’enseignement primaire, dans l’enseignement secondaire et à l’université, apprennent la véritable histoire des Noirs dans notre pays. Quand ce sera le cas, nous aurons une nouvelle génération qui saura situer qui sont les véritables héros, dans notre pays”.

L’une des premières mesures du gouvernement actuel, a été d’adopter la Loi 10 639, du neuf janvier 2003, qui modifie la Loi d’Orientation de Base de l’Education Nationale pour inclure au programme officiel de l’enseignement public le caractère obligatoire de l’enseignement de l’Histoire et de la Culture Afro-brésilienne et de l’Afrique.

On voit ainsi la part importante que les deux derniers gouvernements ont accordée et accordent à la question raciale, en en faisant un thème national à analyser et à débattre, non seulement au sein du gouvernement, mais aussi de la société toute entière. La politique de discrimination positive a gagné en force avec la IIIe Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, qui s’est déroulée en août et septembre 2001, à Durban, en Afrique du Sud, et dont l’une des finalités essentielles était de permettre un vaste débat sur les sources, causes et modes de manifestations de racisme actuelles et d’exiger des Nations où existe ce phénomène, la mise en œuvre de politiques spécifiques afin d’y mettre fin.

En décembre 2000, s’est tenue au Chili la Conférence Préparatoire Régionale des Amériques. Le Brésil était présent et a également organisé toute une série de Conférences Préparatoires Régionales chez lui. Elles ont été mises en oeuvre et préparées par la Fondation Culturelle Palmares (instance publique dont l’objectif est de formuler et de mettre en place les politiques publiques en la matière), par le Ministère de la Culture, des représentants du Mouvement Noir, des anthropologues et des spécialistes, outre des chercheurs en sciences sociales et des parlementaires. Un vaste débat a permis d’aborder la question des politiques de discrimination positive, question qui a débouché sur la Conférence Nationale de Rio de Janeiro, en juin 2001, et d’où est sorti le document Plano nacional de combate ao racismo e à intolerância [Plan de lutte contre le racisme et l’intolérance], et dont l’une des principales conclusions est “la nécessité d’avoir des politiques de discrimination positive qui permettent de venir à bout et de ne pas perpétrer des pratiques et des politiques socialement discriminatoires”.

La discrimination positive est nécessaire, dit Heraldo Pereira, premier journaliste Noir à présenter, en 2002, en “prime-time” sur TV Globo, le Journal National. Heraldo Pereira dit aussi que tout mode de lutte contre la discrimination raciale est le bienvenu et doit, effectivement, être mis en place. Sans cela, le Brésil ne pourra - vu la situation d’exclusion - aller de l’avant, car “le Brésil va devoir prendre rendez-vous avec sa question raciale, et ici et maintenant !”.

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