RIO DE JANEIRO, 18 oct 2006 (AFP) - "Il est champion ! Il est champion!": une foule d'artistes et d'intellectuels a acclamé mardi soir le président Luiz Inacio Lula da Silva lorqu'il a chaussé des gants de boxe rouges en signe de combativité.

L'ancien champion poids légers Popo de Freitas - 38 victoires sur 39 combats - lui avait offert une paire de gants de boxe pour l'aider à remporter la victoire au second tour de l'élection présidentielle le 29 octobre prochain.

"Pour remporter le 2e round, il faut avoir les poings solides, il faut être préparé et c'est pourquoi je vous offre de vrais gants de boxe", a dit Popo (31 ans).

Dans une ambiance festive, Lula a immédiatement chaussé les gants et levé les bras en signe de victoire, aux cris du public qui scandait "Il est champion! Il est champion!".

Lula a fait salle comble lors d'une rencontre au Canecao, une célèbre salle de concerts de Rio, où se côtoyaient la samba, le funk et la musique populaire.

Popo de Freitas avait auparavant raconté comment le sport lui avait permis d'échapper à la misère à Salvador de Bahia (nord-est), remerciant Lula d'avoir créé la "bourse athlète", qui aide les jeunes à "s'en sortir par le sport".

Sous les applaudissements frénétiques du public, Lula a fait son mea culpa, avouant qu'il s'était trompé en pensant qu'il serait réélu dès le premier tour.

"Je ne suis pas allé au débat (télévisé) du premier tour car je pensais avoir déjà gagné (NDLR: les sondages le donnaient vainqueur). Mais je suis redescendu sur terre. Le second tour aura été bénéfique sinon j'aurais pensé avoir gagné tout seul", a-t-il déclaré.

Lula était très décontracté, fort d'un sondage DataFolha diffusé peu avant et le créditant pour le second tour de 60% des suffrages exprimés, contre 40% à son rival social-démocrate Geraldo Alckmin.

"En quatre ans, j'ai beaucoup appris et j'ai survécu. Ils (la droite) pensaient qu'ils pourraient retirer ce Lula (du pouvoir) mais ils ont oublié un petit ingrédient: le peuple brésilien. C'est la victoire de la démocratie!", a poursuivi le président.

Lula a cependant souligné "n'avoir jamais pensé qu'il aurait eu autant de problèmes avec (son) parti", une véritable "épreuve", selon lui. Le Parti des Travailleurs a été secoué par plusieurs scandales de corruption, le dernier en date à 15 jours du premier tour quand des personnes liées au PT ont tenté d'acheter un dossier censé être compromettant pour les dirigeants de l'opposition, notamment M. Alckmin.

Lula a remercié les "camarades comme le chanteur Chico Buarque" qui l'ont toujours soutenu "même dans les moments difficiles".

Beaucoup d'artistes retenus par leur travail avaient envoyé des messages lus sur scène. "Je vote pour le président Lula car il a toujours été attentif aux besoins des pauvres", avait ainsi écrit Chico Buarque.

Plusieurs personnalités, tels le ministre de la Culture et chanteur Gilberto Gil et le créateur du Théâtre de l'Opprimé, le dramaturge Augusto Boal, ont apporté à la tribune leur soutien à Lula.

"Non à la droite (d'Alckmin) car le Brésil risque de régresser", a ainsi déclaré le sociologue Emir Sader, l'un des fondateurs du Forum social mondial de Porto Alegre.

"Nous affrontons la droite cannibale", a plaisanté Augusto Boal. Une allusion à un incident survenu lundi soir dans un bar de Rio où une adepte de l'opposition a mordu une militante du PT en lui arrachant un bout de doigt.

Retour à l'accueil