RIO DE JANEIRO, 9 sept 2006 (AFP) - Confrontée à la perspective d'une défaite annoncée à l'élection présidentielle du 1er octobre, l'opposition brésilienne a commencé avant même l'échéance à faire le compte de ses erreurs face à un président Lula que tous les sondages donnent réélu dès le premier tour.

L'ex-président Fernando Henrique Cardoso (1995-2002), s'est lancé dans une critique en règle de sa propre formation politique, le Parti social-démocrate brésilien (PSDB), alors que son candidat à la présidence, Geraldo Alckmin, ne parvient pas à décoller dans les sondages.

Selon la dernière enquête publiée par Datafolha, Lula serait aujourd'hui élu avec 57% des suffrages exprimés, Alckmin ne recueillant que 30% et Heloisa Helena, la dissidente de gauche exclue du Parti des travailleurs (PT) de Lula, 10%.

Cardoso estime que le PSDB n'a pas eu une réaction à la hauteur des scandales de corruption qui ont entaché le gouvernement Lula et son Parti des travailleurs en 2005 : "Nous, au PSDB, n'avons pas été suffisamment fermes dans la dénonciation politique de toutes ces affaires au moment adéquat", écrit-il dans une lettre aux électeurs du PSDB, publiée vendredi par le site internet du parti.

Il y a un an, le président Luiz Inacio Lula da Silva, était confronté au scandale des versements illicites effectués par le PT à des députés en échange d'un soutien politique. Ce scandale avait entraîné la démission de José Dirceu, le bras droit de Lula au sein du gouvernement, puis des principaux dirigeants du PT.

Cardoso juge maintenant que le président Lula "était passible de crime de responsabilité" qui, dans la Constitution, peut entraîner la destitution du chef de l'Etat, comme pour le président Fernando Collor en 1992.

Mais il y a un an, les responsables du PSDB avaient écarté une telle procédure. A l'époque, les milieux économiques avaient exprimé auprès des partis d'opposition leur inquiétude d'une déstabilisation politique du Brésil qui continuait avec Lula sur la voie de la stabilisation économique.

L'opposition avait également constaté, que contrairement au cas Collor, les scandales n'avaient pas entraîné de mobilisation populaire. Enfin, le PSDB avait été atteint par la mise en cause du président du parti, le sénateur Eduardo Azeredo, lui aussi accusé d'avoir bénéficié de fonds illicites lors d'une campagne électorale en 1998.

L'ex-président, reconnaît que le fait pour le PSDB d'avoir tenté de protéger Azeredo a aussi été très négatif pour l'image du parti. "Nous avons fait une erreur au début dans le cas du sénateur Azeredo", écrit-il.

Cardoso dresse un constat d'impuissance : "Ce n'est pas maintenant, durant la campagne électorale que nous parviendrons à réveiller la population."

Plusieurs dirigeants du Parti du front libéral (PFL, droite), dont le maire de Rio de Janeiro, Cesar Maia, reprochent à leur allié du PSDB, d'avoir manqué à l'époque de fermeté contre Lula.

Dans une chronique électorale quotidienne sur internet, Maia met aussi en cause la campagne jugée trop molle d'Alckmin. "Reste à savoir s'il est encore temps. Reste à savoir si celui qui dirige la campagne est un publicitaire ou la direction du PSDB".

L'ex-président Cardoso estime qu'il faut maintenant au moins prendre date : "Pour nous différencier de la pourriture régnante, nous avons l'obligation morale de ne pas nous taire".

Heloisa Helena, en perte de vitesse, a élevé d'un ton le niveau de ses attaques contre Lula. Elle a accusé son ancien camarade de parti d'être "un gangster qui dirige une organisation criminelle, capable de voler, de tuer, de calomnier et de liquider quiconque menace son projet de pouvoir".

Le président Lula, qui refuse tout débat public avec ses concurrents, a jugé lors d'un meeting que les autres candidats, au vu des sondages, "bavent de rage".

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